Manège de feu

Publié le par VinX

J'aurais dû raconter cette histoire le jour où elle m'est arrivée, mais cela m'a semblé si fou, que je n'ai pas pu la mettre par écrit la même semaine, ni le même mois d'ailleurs.
C'est arrivé pile une semaine après l'évènement décrit dans l'article De flamme et de nuit - qui relate un incendie survenu dans l'immeuble d'en face.
J'ai un hobby qui consiste à me balader dans des champs pour effectuer de la prospection avec un détecteur de métal - je déterre des bouts d'alluminium, parfois des pièces du siècle passé, mais surtout, n'ayant pas de chien, ça me fait sortir dans la nature.
Je me décide donc à y aller : je prends mon matériel, monte sur ma moto et part direction plein sud vers la campagne. Arrivé en périphérie de la ville, je me laisse guider par les petits chemins, à la recherche, seulement, d'un beau coin où me poser. Je prends des embranchements que je ne connais pas et me perd avec bonheur dans ces petites routes, quand tout à coup, au bout d'un petit chemin à ma gauche, je vois un bel arbre. Ni une, ni deux, je fais un virage serré, passe devant un groupe d'enfants et m'engage dans le chemin. Celui-ci, boueux et creusé d'ornières remplies d'eau, demande toute mon attention. Du coin de l'oeil je perçois que je longe un long batiment communal - une école ? un dépôt ? Je spécule tout en arrivant devant l'arbre. J'arrête ma moto et soudain, je tourne la tête sur ma droite, conscient qu'il se passe quelque chose de curieux et c'est précisément là que je tombe nez à nez avec .... Un énorme incendie. Un gros tas de paille entassé brûlait vivement et les flammes léchaient déjà l'avant toit et la façade, progressant rapidement - je sentais la chaleur à travers mon casque.
Fébrile, je fouille dans mon sac à dos, mais je n'ai pas emporté mon portable. Je me rappelle le groupe d'enfants, met les gaz et m'engage rapidement dans le sentier boueux en sens inverse. Je rattrappe les enfants, effectue un freinage brutal et aussitôt demande un portable. Ils ne comprennent pas, l'un d'eux me tend un portable. Je leur indique le bâtiment dont s'éleve une épaisse fumée et leurs mines se décomposent. Je compose le numéro de la police qui me passe les pompiers, leur explique la situation, et grâce au plan que j'emporte toujours avec moi parvient à leur donner l'adresse exacte de l'endroit. Je me rends compte alors qu'il s'agit d'un manège, rempli de chevaux.
Les pompiers avertis, je rends le portable aux enfants et tourne mes yeux vers le manège en flammes : une énorme colonne de fumée noire s'élève dans le ciel bleu d'été, et pas un bruit dans la campagne. Subitement retentissent comme des rafales de mitraillettes, un "takata ta takata" bruyant, à ce moment, les enfants choisissent de s'enfuire - je me dis qu'ils ont peur de recevoir des débris ou d'une explosion. Je démarre ma moto et retourne vers le manège, park mon véhicule dans un champ pour qu'il ne gène pas les secours et me rapproche de l'entrée principal, quand 5 ou 6 chevaux me foncent dessus, sans bride, paniqués. Je me place de côté, les laisse passer et interpelle une jeune fille en pleure qui tire son cheval et m'explique qu'il y a d'autres chevaux à l'intérieur... J'y vais, et je me rends compte que les propriétaires, secondé une poignée de jeunes filles, sont en train de mettre la bride tranquillement aux chevaux pour ensuite les emmener à l'écart. Cette approche me parait raisonnable, mais complètement inadaptée à la situations. Le toit considérable du manège empêche de voir la colonne de fumée qui est au-dessus, et je sais être le seul à avoir vu l'origine du sinistre, son importance, et la rapidité avec laquelle il s'étend.
Je rentre dans un des box que la fumée a déjà envahie. Les chevaux hénissent derrière les cages fermées.
Je demande à une fille qui met la bride à son animal de m'expliquer le mécanisme d'ouverture "il faut tirer en bas puis sur le côté" me lance-t-elle avant de s'éloigner avec son cheval hénissant. Je vais tout au fond, puis me place devant une grille et tire dans tous les sens : rien à faire. Derrière, le cheval me regarde, je sens la panique qui le gagne ; l'odeur du feu devient plus forte. Je commence à lui parler, à lui expliquer que je ne capte rien à ce foutu système d'ouverture et que... J'examine plus attentivement le système. Il y a effectivement un barreau, tout à droite, qui semble relié à un mécanisme... ça s'ouvre ! En tirant le barreau vers le bas, la grille peut alors coulisser sur la gauche. Le cheval en sort, glisse sur la pierre et quitte le box. Un autre, puis un autre,...  Je libère ainsi une dizaine de chevaux dans ce box et il me faut me jeter dans l'un des habitacles pour ne pas être écrabouillé ; certains sortent rapidement, d'autres vont voir leurs copains dans les cellules avoisinantes, certains dérapent et se heurtent aux murs ou manquent de tomber : c'est le bordel. il y en a pourtant un ou deux qui demeurent obstinément dans leurs cellules... Je me place devant l'un d'eux et claque du doigt en sifflant, comme on appelerait un chien : mauvaise idée. Le cheval rue et se cabre en arrière, terrorisé. Finalement je me dis que ce sont des animaux intelligents, et je montre l'exemple : je cours devant en les interpellant : ils me suivent. Je m'écarte à temps en arrivant à l'air libre, suivi des animaux qui foncent hors de l'enceinte.
Deuxième box, même aventure.
En sortant, je croise le patron qui se désole, arguant que les chevaux ne risquaient rien dans leurs box, qu'il ne fallait pas faire ça, et je me sens vraiment caqueux : ai-je fait ce qu'il fallait ou la pire connerie ? J'ai libéré entre 15 et 20 chevaux dans la nature. L'un des chevaux qui s'enfuie saute par-dessus une voiture, heurte de ses sabots la carosserie dans un bruit terrifiatn et manque de se casser la figure. Il reprend heureusement l'équilibre et poursuit sa course. Je me rassure ; on n'aurait pas pu les évacuer avec les secours sur place. En peu de temps, soudain, une cinquantaine de personnes sont arrivées : badaux innombrables surgis de nulle part, voitures de police, ambulance, et, surtout, pompiers. Je renseigne comme je peux qui je peux. J'entends d'une oreille un policier avertir le patron qu'il faut libérer les chevaux et me sens soulagé : j'ai fait ce qu'il fallait en fin de compte, j'ai eu raison de suivre mon intuition : qui sait à quelle rapidité se propage le feu. J'avais encore en tête l'incendie de la semaine précédente.
Je vais vers un policier, m'annonce, lui donne mes coordonées et lui explique ce que j'ai vu, supposant en être le seul témoin.
L'agitation tout autour, et ces chevaux que j'imagine battant la campagne. Libres. Saturé d'images et d'émotions, je m'éloigne.
Je remonte le flot de spectateurs, m'installe lentement sur ma moto et rentre chez moi, épuisé, transi, gorgé d'adrénaline. Je téléphone à plusieurs personnes pour leur raconter l'aventure. Mon frère me propose de contacter un journal pour leur raconter mon histoire, mais ça ne m'intéresse pas vraiment - j'ai fait ce qu'il convenait de faire, je n'ai pas envie d'être médiatisé.
Il y a eu des articles durant 2-3 jours sur cette histoire. L'un d'eux disait qu'ils ont retrouvé tous les chevaux sains et saufs, dont certains très tard dans la nuit, ou le lendemain matin, et assez loins. J'ai lu que les propriétaires "avaient tout de suite pensé à libérer les chevaux".
Etrange.
La police m'a appelé, et effectivement, j'ai été témoin de l'origine de l'incendie. J'ai appris par la presse que des enfants jouaient à mettre le feu à des brindilles et que ça a provoqué l'incendie. Je pense que ce sont les mêmes que ceux qui m'ont permis de passer le coup de fil - si ça se trouve, c'est d'avoir emprunté leur téléphone qui a permis de les attraper.

Voilà cette drôle d'histoire, longue à raconter, mais absolument véridique. C'est arrivé fin août.

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Publié dans Tout ou rien

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L
C'est marrant, maintenant que tu m'en parles ben chez moi aussi il écrit<br /> "avec tout ce que à vécu..."<br /> <br /> Sont-ils taquins nos ordis ! LOL
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S
C'est marrant, chez moi il a écrit "Quand je pense à tout ce que _t'as_ vécu" ...<br /> <br /> ;-)<br />
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L
Je ne voudrai pas choquer Psykotik, mais lorsqu'il écrit : "Quand je pense à tout ce que j'ai vécu..."<br /> <br /> Fais-tu allusion à ta vie antérieure quand t'étais cheval ?
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P
la justice, je demande que justice soit rendue aux justes, si possible devant huissier<br /> <br /> le manège en feu mérite une postérité ... ce n'est pas appel à pyromanes, mais salut de l'écriture
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P
Monsieur Jicé, huissier assermenté, atteste de la véracité de l'histoire.<br /> <br /> Et comme il se doit, en bon homme de loi, monsieur Jicé n'était pas sur place.<br /> <br /> Quand je pense à tout ce que t'as vécu... !
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