Considérations sur le sommeil
Après ces considérations érotochattes, voici la réponse qu'adressait Marguerite Yourcenar à Matthieu Galey qui lui demandait "[Vos] rêves ont-ils une influence sur ce que vous écrivez ?" :
"Je croirai plutôt que c'est parallèle. On rêve un peu dans le même style que celui où on écrit."
Cette réponse m'a frappé. Je crois qu'elle et moi partageons une même approche du rêve - dans Les Songes et les Sorts, elle parle d'esthétique du rêve. Presque tout ce qu'elle a écrit sur le rêve, je le partage, et son écriture est un modèle.
Voici un extrait du début des Mémoires d'Hadrien, dans le premier chapitre, Animula vagula blandula, où l'empereur Hadrien parle du sommeil : "[...] ce qui m'intéresse ici, c'est le mystère spécifique du sommeil goûté pour lui-même, l'inévitable plongée hasardée chaque soir par l'homme nu, seul, et désarmé, dans un océan où tout change, les couleurs, les densités, le rythme même du souffle, et où nous rencontrons les morts. Ce qui nous rassure du sommeil, c'est qu'on en sort, et qu'on en sort inchangé, puisqu'une interdiction bizarre nous empêche de rapporter avec nous l'exact résidu de nos songes. Ce qui nous rassure aussi, c'est qu'il guérit de la fatigue, mais il nous en guérit, temporairement, par le plus radical des procédés, en s'arrangeant pour que nous ne soyons plus. Là, comme ailleurs, le plaisir et l'art consistent à s'abandonner consciemment à cette bienheureuse inconscience, à accepter d'être subtilement plus faible, plus lourd, plus léger, et plus confus que soi."
"Je croirai plutôt que c'est parallèle. On rêve un peu dans le même style que celui où on écrit."
Cette réponse m'a frappé. Je crois qu'elle et moi partageons une même approche du rêve - dans Les Songes et les Sorts, elle parle d'esthétique du rêve. Presque tout ce qu'elle a écrit sur le rêve, je le partage, et son écriture est un modèle.
Voici un extrait du début des Mémoires d'Hadrien, dans le premier chapitre, Animula vagula blandula, où l'empereur Hadrien parle du sommeil : "[...] ce qui m'intéresse ici, c'est le mystère spécifique du sommeil goûté pour lui-même, l'inévitable plongée hasardée chaque soir par l'homme nu, seul, et désarmé, dans un océan où tout change, les couleurs, les densités, le rythme même du souffle, et où nous rencontrons les morts. Ce qui nous rassure du sommeil, c'est qu'on en sort, et qu'on en sort inchangé, puisqu'une interdiction bizarre nous empêche de rapporter avec nous l'exact résidu de nos songes. Ce qui nous rassure aussi, c'est qu'il guérit de la fatigue, mais il nous en guérit, temporairement, par le plus radical des procédés, en s'arrangeant pour que nous ne soyons plus. Là, comme ailleurs, le plaisir et l'art consistent à s'abandonner consciemment à cette bienheureuse inconscience, à accepter d'être subtilement plus faible, plus lourd, plus léger, et plus confus que soi."
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