Roi soleil
J'ai passé un peu de temps cet après-midi sur la personne de Louis XIV, pas le roi, l'homme. Essayer de sentir et d'esquisser en imagination la personne derrière l'image... A mon âge il avait derrière lui la mort et l'admiration de milliers d'hommes. Je suis seul dans mon appartement, dehors il fait froid, et lui, 300 ans plutôt, avait la compagnie de courtisans jusque dans ses toilettes. Qu'est-ce qui fait la grandeur, sinon le regard de l'autre ? Je suis grand, à mes yeux peu exigeants - sauf pour les autres - jusqu'à ce que je me trouve confronté à quelqu'un qui est meilleur que moi, dans un domaine ou l'autre.
Louis est la prémisse d'une réflexion. Lui détruisait les fortifications des villes qui lui avaient résisté, comme à Nice où le château a été complètement démoli en cinq mois de travaux. Je mets un coup de pied dans une porte dans laquelle je me suis cogné. La comparaison s'arrête là. Ce qui fait la grandeur c'est, pour beaucoup, la situation. Chacun fait avec, selon son caractère, ses envies et ses besoins. J'aurais pu être roi. Le bonheur aurait-il été plus grand ? La mémoire des hommes aurait-elle été un réconfort suffisant à l'idée de la mort ? Disparaître et avoir été grand, être à ses yeux, vivant mais à l'heure du grand passage, et se considérer comme un monument qui a changé le monde... Est-ce important ?
Si l'on parvenait à remonter le temps pour assister à un extrait de la vie du roi soleil, on pleurerait de rire à cause de son accent. On serait tenté de soulever sa perruque et d'examiner sa dentition, on aimerait savoir ce qu'il pense du problème des sans-abri. Et puis on rentrerait chez nous, satisfait d'avoir des présidents, et plus des rois, des euros et plus des louis, des ordinateurs surtout. Comme il est absurde de concentrer tant de pouvoir entre les mains d'un seul homme. Comme la destinée de tant de monde dépend, encore aujourd'hui, de la connivence de certains, du regard que l'on porte sur l'autre, et du sentiment de sa propre grandeur...