Mes semblables
Le livre est sorti !
Commandité par SOS racisme suisse, l'ouvrage collectif Mes Semblables a été annoncé ce mercredi 21 mars. Le jour du printemps a été choisi pour initier la semaine internationale contre le racisme et comme date pour la sortie de cet ouvrage désirant informer du problème que posent les racismes.
J'ai écrit deux histoires pour cet ouvrage : "L'Envol", réalisé avec Krum et "Le Voile" réalisé avec Valp. J'ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec ces deux dessinateurs talentueux dont le travail est à découvrir rapidement si vous ne les connaissez pas !
Lorsque je suis passé durant le vernissage , j'ai constaté qu'une femme d'origine algérienne avait été choquée par l'histoire du voile. Voici les planches :
Planche 1
Planche 2
En substance, il a été reproché à l'histoire de proposer que toutes les femmes voilées sont battues et mutilées par les hommes.
Je conçois que certaines images soient choquantes, comme le sont certaines réalités. Mais il faut prendre garde de ne pas réinventer l'histoire au fil du choc émotionnel que l'on ressent. Il faut aussi prendre le temps de lire. Une histoire de bande dessinée, c'est de l'image, mais c'est aussi du texte. Les deux s'éclairent réciproquement et le sens ne devient évident que dans l'ensemble constitué par ces deux modes de narration.
L'histoire met en scène deux femmes originaires d'une même ethnie volontairement imaginaire. Cela pourrait se dérouler n'importe où. C'est l'histoire d'une souffrance cachée et d'un dévoilement. J'ai choisi le voile complet, qui cache le visage à l'exception des yeux. Le propos n'est pas de relier ceci à la religion - la pratique du voile qui m'intéresse ici est sociale et traditionnelle. De fait, deux voiles sont représentés : l'un est chamarré et coloré, laissant le visage visible à des fins narratives (montrer le sourire de la fille et de la mère), l'autre est sombre pour symboliser la douleur et il cache le visage (nécessité pour la chute de l'histoire). Il n'y a donc pas une critique du voile en tant que tel mais une critique de l'oppression des femmes en général, des atteintes portées à leur intégrité en général ; le voile fonctionne comme une allégorie. L'explication de ce qu'a vécu la femme tient en deux cases éliptiques : les deux dernières cases de la planche 1 (p. 32 dans le livre). La femme a été emprisonnée et torturée par des militaires.
Le destin de ces deux femmes a un effet de miroir. Cette histoire vise à poser des questions et à susciter une réflexion : pourquoi l'une est-elle à un bout de la table, l'autre à l'autre bout ? Qu'est-ce qui fait que les trajectoires de ces femmes ont été si différentes ? Quel sera l'avenir d'une femme qui a traversé tant d'épreuves ?
Il m'a paru important de poser la question du racisme en amont. Les personnes victimes de racisme après leur déracinement portent déjà en elles une mémoire douloureuse qu'il n'est pas aisé de mettre en avant. Il n'y a pas un racisme, mais des racismes liés à de nombreuses formes de rejet, de violence et surtout d'ignorance. C'est ce dernier point qu'il me parait essentiel de soulever.
Il y a beaucoup trop d'ignorance.
Commandité par SOS racisme suisse, l'ouvrage collectif Mes Semblables a été annoncé ce mercredi 21 mars. Le jour du printemps a été choisi pour initier la semaine internationale contre le racisme et comme date pour la sortie de cet ouvrage désirant informer du problème que posent les racismes.
J'ai écrit deux histoires pour cet ouvrage : "L'Envol", réalisé avec Krum et "Le Voile" réalisé avec Valp. J'ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec ces deux dessinateurs talentueux dont le travail est à découvrir rapidement si vous ne les connaissez pas !
Lorsque je suis passé durant le vernissage , j'ai constaté qu'une femme d'origine algérienne avait été choquée par l'histoire du voile. Voici les planches :
Planche 1
Planche 2
En substance, il a été reproché à l'histoire de proposer que toutes les femmes voilées sont battues et mutilées par les hommes.
Je conçois que certaines images soient choquantes, comme le sont certaines réalités. Mais il faut prendre garde de ne pas réinventer l'histoire au fil du choc émotionnel que l'on ressent. Il faut aussi prendre le temps de lire. Une histoire de bande dessinée, c'est de l'image, mais c'est aussi du texte. Les deux s'éclairent réciproquement et le sens ne devient évident que dans l'ensemble constitué par ces deux modes de narration.
L'histoire met en scène deux femmes originaires d'une même ethnie volontairement imaginaire. Cela pourrait se dérouler n'importe où. C'est l'histoire d'une souffrance cachée et d'un dévoilement. J'ai choisi le voile complet, qui cache le visage à l'exception des yeux. Le propos n'est pas de relier ceci à la religion - la pratique du voile qui m'intéresse ici est sociale et traditionnelle. De fait, deux voiles sont représentés : l'un est chamarré et coloré, laissant le visage visible à des fins narratives (montrer le sourire de la fille et de la mère), l'autre est sombre pour symboliser la douleur et il cache le visage (nécessité pour la chute de l'histoire). Il n'y a donc pas une critique du voile en tant que tel mais une critique de l'oppression des femmes en général, des atteintes portées à leur intégrité en général ; le voile fonctionne comme une allégorie. L'explication de ce qu'a vécu la femme tient en deux cases éliptiques : les deux dernières cases de la planche 1 (p. 32 dans le livre). La femme a été emprisonnée et torturée par des militaires.
Le destin de ces deux femmes a un effet de miroir. Cette histoire vise à poser des questions et à susciter une réflexion : pourquoi l'une est-elle à un bout de la table, l'autre à l'autre bout ? Qu'est-ce qui fait que les trajectoires de ces femmes ont été si différentes ? Quel sera l'avenir d'une femme qui a traversé tant d'épreuves ?
Il m'a paru important de poser la question du racisme en amont. Les personnes victimes de racisme après leur déracinement portent déjà en elles une mémoire douloureuse qu'il n'est pas aisé de mettre en avant. Il n'y a pas un racisme, mais des racismes liés à de nombreuses formes de rejet, de violence et surtout d'ignorance. C'est ce dernier point qu'il me parait essentiel de soulever.
Il y a beaucoup trop d'ignorance.
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