Epinal 2007
Mes premières Imaginales.
Je suis habitué des Utopiales maintenant puisque j'y suis allé chaque année depuis 2003. Je m'étais promis de visiter les Imaginales , et c'est à présent chose faite.
Vendredi
Levé difficile puisqu'il a fallu ouvrir un oeil à 6 heures 30 du matin, après 3 heures de sommeil seulement : je n'ai pas réussi à changer mes habitudes même à la veille du départ !
Le trajet en minibus depuis Lausanne avec mes 6 autres comparses dure un peu plus de 4 heures et nous arrivons à temps pour nous attabler chez Maître Kanter vers les midis à Epinal. Lorsque nous prenons nos chambres, la responsable de l'hôtel qui a mal géré ses réservation propose à François, Jean-François et Isabelle de prendre des « studios » situés à l'écart. Ils se composent d'un intérieur vaguement protégé par une porte qui ne ferme pas, sans mobilier à l'exception d'un matelas jeté sur un sol de carrelage. Aux fenêtres, des barreaux et à l'entrée un écriteau : Logements de réinsertion pénitentiaire ! C'est toujours épatant le culot.
Ensuite direction le festival. Le site est situé sur les rives de la Moselle, dans un joli parc de la ville.

Il est composé de trois infrastructures : un bâtiment en dur qui accueille les tables rondes et apéritifs divers, une grande tente carrée divisée en espace librairie/auteurs au centre, des stands sur les côtés et un bar au fond, et enfin une tente circulaire chamarrée soutenue par des montants en bois sculptés historiés de scénettes érotiques : le Magic Mirrors.


L'intérieur plutôt lumineux est décoré de miroirs et de tentures tendues, ambiance intéressante pour les cafés littéraires qui s'y déroulent.

J'ai eu énormément de plaisir et trop peu de temps pour revoir des personnes que j'apprécie et en rencontrer de nouvelles.
Petit aparté pour mes cyberpotes : impossible de passer sous silence les discussions portant sur WOW avec Mélanie Fazi et Lionel Davoust ;) D'indécrottables gamers !!! Très plaisants en somme ^^
ça fait du bien de pouvoir parler de la culture vidéoludique avec des personnes qui la comprennent et la pratiquent sans a-priori. Trop souvent j'entends des critiques que l'on n'adresse déjà plus à la télévision ou à la radio.
J'assiste au lancement de Baleine, collection confiée par le Seuil aux sympathiques Xavier Mauméjean et Guillaume Lebeau. Le principe du « Club Van Helsing » est de demander à des auteurs confirmés d'écrire une fiction de 250 000 signes respectant un cahier des charges défini par les directeurs éditoriaux. Dans les grandes lignes, il faut que cela mette en scène un chasseur de monstres affilié au club van helsing et que chaque histoire tourne autour d'un monstre particulier, un peu à la manière d'une série aux épisodes distincts. Il semblerait que l'intention de prolonger les ouvrages par un support web, bd voire audiovisuel soit dans les intentions d'origine.
Le site est plutôt léger en l'état : http://www.c-vh.org
Images stroboscopiquement flashées sur l'écran. Précision : la femme brièvement représentée est une sorte de buste en cire à la cage thoracique ouverte représentant une tuberculose pulmonaire.
Lors de cette présentation de la collection, je lutte pour ne pas m'endormir – ce n'est la faute ni des intervenants, ni de l'animation impeccable de Claude Ecken, mais le manque de sommeil a fini par me rattraper... Et tout à coup mes lunettes cassent entre mes mains. Je les essuyais normalement quand le cercle métallique d'un verre a cédé : impossible de les remettre !
Repas de qualité à la Côte de boeuf. Discussion passionnante avec Anthony sur les mythes et la science fiction. On se promet d'en reparler plus tard, mais on n'aura pas l'occasion d'approfondir hélas ce sujet. Surprise finale qui a ravi tout le monde et que je ne cite que pour ceux qui y étaient : un grand merci à qui vous savez pour ce que vous savez !
Le soir, beaucoup de bières et même quelques whiskey : j'ai pu avoir le fond de la dernière bouteille d'un Bushmills Black Bush du patron du pub - il ne l'avait même pas portée à la carte le coquin : sluurp !
Aux heures indues, l'occasion de se retrouver entre trentenaires et de célébrer les séries télés qui ont enrobé notre enfance, celles qui ponctuent notre existence aujourd'hui, les jeux vidéos et les mangas. J'ai fait la connaissance du très aimable Xavier Dollo, libraire à Rennes et écrivain qui a dû supporter un flot de woweries croisées ;)
Recommandations de Xavier : Weeds, The Wire et Charlie Jade
Xavier me cite Métalder je crois mais je ne m'en souviens pas. En regardant les images, je m'en rappelle à présent, mais comme la première diffusion est de 1990, je ne l'ai pas suivie : j'ai dû voir des bouts quand mon petit frère matait la télé. A cet âge je lisais, moi, Monsieur :)
Sinon j'ai demandé qui se souvenait de la série « Les amis de Chico » : http://www.coucoucircus.org/series/generique.php?id=745
J'ai essayé d'expliquer à quel point cette série me foutait les boules ! Le générique est déjà super malsain !
Rares sont ceux qui s'en souviennent, elle n'est passée que peu de temps sur les écrans et m'avait traumatisé ! Rejoignez le club des traumatisés de Chico dans les commentaires !
Explosé de fatigue après ce voyage, l'après-midi sans repos, prolongé d'un repas gargantuesque et de bons verres : je m'endors comme une masse.
Samedi
A nouveau un tournez-manège de rencontres, de visages, de sourires, de mains tendues, de conversations dans le plus grand bonheur. Je retrouve ces personnes qui deviennent peu à peu des amis une ou deux fois par année, trop peu à mon goût. Je me suis donc trimballé avec 2 bouteilles de vin rouge que j'avais emportées avec moi : des spécialités du Valais. Une bouteille d'Humagne Rouge et une autre de Syrah dans l'espoir de les faire goûter à ceux qui seraient susceptibles de les apprécier. Je voulais aussi rendre la pareille à Johan Heliot qui nous avait enchanté avec son vin jaune du Jura à Nantes... Les bouteilles seront toujours dans mon sac le lendemain matin !
A midi, je me laisse emporter vers un repas en compagnie d'Anne, de Jean-Claude, d'un sympathique Bruxellois dont j'ai oublié le nom, de Sarah et de Didier Cottier. Jean-Claude a rappelé la nécessité d'avoir un site web présentant ses oeuvres à Didier. On peut admirer certaines facettes de son travail ici :et un article sur yozone parle de lui..
Didier a été primé lors de la Worldcon de Glascow en 2005. C'est un artiste dont j'aime beaucoup le travail, une personne qui m'est chère également.
Je conduis mes lunettes dans un magasin de lunettes où on me promet de les réparer pour 18h. Ouf ! Une après-midi plus tard, je retourne donc les récupérer, ratant la table ronde de François : elles ont été réparées, grossièrement certes, mais réparées. En plus on a ajouté un repose-nez qui manquait et les branches ont été resserrées, les verres nettoyés. Quand je demande le prix, le vendeur me répond « A votre bon coeur ! ». Je découvre que mon bon coeur vaut 5 euros.
Plus tard, remise des prix en trompettes dans la tente du Magic Mirorrs suivi d'un apéritif. Je fais la connaissance d'un type qui avait l'air tout seul. En me penchant sur son badge, je lis Frédéric Boilet, un nom qui me dit quelque chose... Mais quoi ?
Comme je fréquente aussi les cercles de la bande dessinée, je finis par mélanger les noms :)
Frédéric est originaire d'Epinal et il habite normalement au Japon. Il se trouve qu'il était de passage à l'occasion du festival. Ancien lecteur de sf, il privilégie un rapport au réel plus direct, sans passer par les codes propres aux oeuvres de genre. La description de son travail, renforcé après un coup d'oeil sur le web, me semble pourtant très proche des réflexions des récits de sf : il ne peut pas exercer son art sans la technologie. Le recours à la photographie numérique, à la vidéo, à l'ordinateur sont trop implantés dans sa démarche. La science fiction a investi notre réel par le truchement de la science ce qui rend les récits de science fiction de plus en plus aptes à rendre compte du réel.
S'ensuit une intéressante discussion sur les genres : les oeuvres de genre (sf, fantasy, fantastique) vieillissent-elles plus mal que les oeuvres orientées vers la réalité contemporaine de l'auteur ? Au final, bilan que le talent ne vieillirait pas.
Bonne continuation Frédéric !
Le soir, nous allons manger au Babouche un excellent couscous bien arrosé. Ensuite, thé (dans l'espace fiesta du même restaurant), puis bière (au café du commerce, spacieux, déserté, assez grand pour qu'il n'y ait pas de fumée mais affublé d'un immense écran passant en boucle des clips de RnB construits sur le même modèle : des gars en lunettes et bandanas qui gesticulent comme des contrôleurs aériens pendant que des femmes secouent leurs fesses sous leur nez), puis rebière au pub où étaient encore attablés Sarah, le bruxellois dont le nom m'échappe toujours mais qui est très sympathique et un monsieur d'Epinal.
Hips !
RrrrRRRRrrRRRRzzzzzzzzzzzzzzzzzz

Dimanche
Pot Galaxies vers les midis. Stéphanie annonce qu'elle s'en va et que lui succèdera Olivier Noël. Je me demande si cela enterrera la hache de guerre entre les deux revues rivales et complémentaires de l'imaginaire français : Bifrost et Galaxies.
Je voudrais dire un mot à ce sujet sans me mettre personne à dos ;) Je respecte le travail qui se fait des deux côtés et je n'ai aucune envie de prendre parti. Il ne m'appartient pas de juger les personnes qui sont aux commandes des navires respectifs. J'en connais et apprécie de part et d'autre : je n'ai aucune raison de choisir une affiliation.
A force d'osciller entre professionnalisme et amateurisme, ces revues se laissent aller à une confrontation par l'intermédiaire de leurs figures rédactionnelles. Les éditos et courriers des lecteurs deviennent des tribunes populaires et cela évoque irrésistiblement ces personnalités du passé qui s'assassinaient mutuellement à travers leurs journaux. Je croyais que cela appartenait au XIXème siècle : est-ce lié au succès du steampunk ? ^____^
Je situe le professionnalisme dans l'effacement des rancoeurs au profit des exigences. Je peux voir cela avec recul : je ne suis publié chez aucun des deux. Et si je devais l'être, cela ne changerait rien à mon point de vue. Chacune des revues dispose d'un esprit particulier : un esprit plus canaille chez Bifrost, une esprit plus sérieux chez Galaxies. Toutes deux revues par ailleurs me semblant exigeantes vis-à-vis de la qualité littéraire dans la mesure des goûts des éditeurs. Je crois que personne ne refusera un texte de qualité sous prétexte que son auteur a publié d'un côté ou de l'autre.
Au risque de paraître un peu dur, ces confrontations n'intéressent pas les lecteurs. Les forums sur le net me semblent plus appropriés aux règlements de comptes. Ce qui m'intéresse quand je lis une revue traitant des littératures de l'imaginaire, c'est justement les mondes imaginaires. Ce ne sont pas les potins propres au milieu. C'est aussi ce que j'entends en parlant de professionnalisme. Il s'agit de revues à petit tirage, touchant assez peu de gens, un milieu restreint par le peu de succès que rencontre la science fiction d'expression francophone auprès du public plus large des lecteurs de fictions en général. Mais ce sont les seules revues que nous ayons. La bonne entente pourrait signifier collaboration, et quand on est si peu, et que l'on intéresse si peu, qu'est-ce qu'on gagne à se tirer dans les pattes ?
Pas grand chose.
L'idée me semblerait plutôt de convaincre les libraires, les éditeurs, les lecteurs, les auteurs de la pertinence des littératures de l'imaginaire comme outils de réflexions privilégiés pour penser notre monde. S'il faut vraiment s'amuser à découper les parts du gâteau imaginaire, je dirais que la science fiction pose des questionnements indispensables liés aux technologies et aux sciences qui occupent une place majeure dans le devenir de nos sociétés. Les récits merveilleux actualisent les récits mythiques et légendaires : ils entretiennent un rapport particulier à la mémoire. Le fantastique va puiser dans le fonds de l'âme, l'envers du décors, nos émotions enfouies, il met en doute la réalité et interroge les fondements de la raison. Et tout ça s'interpénètre, les frontières sont floues, le gâteau se mélange dans l'estomac et forme une bouillie que nous n'avons même plus conscience de digérer.
Pour sortir de la métaphore alimentaire, je vois dans les revues littéraires françaises de genre la possibilité d'une reconnaissance. Je ne parle pas uniquement de genres thématique (sf, fantasy, etc...), mais je pense au genre littéraire que représente la nouvelle. La forme courte n'est pas très courtisée par le public ni par les éditeurs. Les revues en sont le lieu d'expression privilégié et elles comptent pour les nouvellistes. La séduction devrait avoir lieu ET pour la nouvelle, ET pour la littérature de genre. Peu importent les étiquettes d'ailleurs.
J'espère que ces deux revues vont poursuivre leurs efforts de qualité et qu'elles parviendront un jour à collaborer. Tout dépendra de la compatibilité des personnalités qui sont aux commandes.
Je souhaite beaucoup de succès dans les entreprises à venir de Stéphanie qui est aussi l'organisatrice du festival.
Ce jour-ci, j'ai à nouveau apporté mes bouteilles avec la ferme intention d'en faire profiter ceux qui pourront se libérer.
La stand d'Artetfact qui réalise une fresque nous ouvre ses portes : merci Gilles ! J'installe des sièges, récupère les petits-fours rescapés, emporte des gobelets, ouvre les bouteilles et j'attends. Une douzaine de personnes viennent tout de même déguster les spécialités valaisannes. Daniel Conrad sur ma droite apprécie bien la Syrah qui remporte le match entre les deux crus sans aucun doute. C'est à Daniel que l'on doit la revue Ténèbres qui reprend du service dans les mois à venir : enfin ! J'aurais peut-être l'occasion de mettre un peu d'horreur dans l'imaginaire français.
Juste avant mon départ, David Calvo se joint à nous et je découvre trop tard que c'est un gamer invétéré comme moi, Lionel et Mélanie ! On découvre avec amusement qu'on est sur le même serveur de jeu wow et on s'échange nos coordonnées. Avant, on s'échangeait les numéros de téléphone, ensuite est venu le mail. Maintenant on se donne le nom de nos persos in game. Rien de tel qu'un bon chat dans une cité infestée de miasmes verdâtres alors que des squelettes passent en sifflant tandis que des trolls bondissent dans tous les sens. Il me donne aussi rendez-vous sur second life, ce sera l'occasion de testé cet autre univers virtuel dont je repousse le test depuis sa sortie.
Puis vient l'heure du départ. Je m'effondre de sommeil sur le siège du bus et à mon réveil, voilà ce que je trouve sous ma hanche :

Elles ne pourront plus être réparées. L'aventure de mes lunettes a pris fin.
Trop court et si dense, le festival continue derrière nous jusqu'à lundi. Je n'ai pas pu dire au revoir à tout le monde, certains sont partis un peu plus tôt. Mais quelque part, ce n'est jamais fini, c'est en pause, ça s'espace quelques mois, le temps d'un nouveau festival, puis tout reprend où on en était resté.
Merci à mes compagnons de voyage : Sandrine, Laurence, Laurence, François, Jean-François, Isabelle, et aux autres suisses : Lucas, Stéphanie, Marc, Frank, Emmanuelle et Michelle, Anthony et Christelle, Pascal Ducommun (par ordre de voitures).
Merci à toutes les personnes croisées et qui forment le réseau étroit et vivant des littératures de l'imaginaire francophone : on ressort stimulé et vivifié. Et en paix.