De flamme et de nuit
2h du matin, je me réveille. Dehors, dans la rue, un camion de pompier, les phares bleus tournoyant contre les immeubles, m'aveuglant irrégulièrement. Je n'allume pas la lumière. L'immeuble en face ne semble rien avoir de spécial, à part des pompiers qui s'activent tout autour. Des échaffaudages sur les flancs du bâtiment permettent à quelques familles de s'enfuir, des policiers régulent l'attroupement qui se forme rapidement. Bien vite, une épaisse fumée blanche se forme au-dessus de l'immeuble, s'échappe du rez, de la cage d'escalier. Cinq camions de pompiers sont maintenant dans la rue. Je me sens impuissant, j'espère que les habitants de l'immeuble n'ont rien. Une dame en souci pour ses chiens fait des allers-retours dans la rue, visiblement choquée. J'ai pu suivre son parcourt anonyme dans la nuit, le long de l'échaffaudage. Elle est pieds nus, en t-shirt, vêtue d'un pantalon de nuit. J'ai vécu un incendie il y a quelques années, ici même. Je sais ce que c'est.
J'ai ramassé une pair de sandales en plastique assez grandes et suis allé les apporter à la dame. Elles sont deux, elle et une amie, et elles semblent avoir froid. Je retourne chercher 1 l. d'eau dans un fond de sirop et 2 vestes en laines. Je discute un peu avec elles, leur explique mon histoire d'incendie, leur donne quelque conseils. Complicité de victimes. Vont-elles passer la nuit dans un hotel ? Je le souhaite pour elles.
Dehors le bruit des camions dont le moteur tourne, des radios qui crachent un tonnerre de voix furieuses, des coups. Les pompiers ont apparemment terminé le gros du travail, mais il leur reste beaucoup à faire. Ils ont enlevé leurs combinaisons et les ont disposées au milieu de la route, entre les camions - elles sont couvertes de suie.
Je ne trouve rien de mieux à faire que de rédiger ce que je viens de voir et faire, un peu dans le désordre. Ma copine revient demain, et à cette heure, il n'y a personne à appeler.
Un moment, les pompiers voulaient installer leur lance à incendie, et un des types a stessé sur un joint. Ils ont lancé l'eau, ça ne venait pas. Ensuite le camion s'est mis à fuir par en-dessous. Ils courraient, stressés comme on peut l'imaginer, en haut ça hurlait dans les échaffaudages...
Je me souviens avoir hurlé pareillement, cédant à la panique, quand la fumée avait envahit le salon et que je devinais les flammes qui attaquaient le plancher en dessous. J'ai failli sauter dans le vide, mais l'échelle des pompiers s'était posée à temps contre ma fenêtre. Je ressens ce que doivent ressentir ces familles expulsées par les flammes dans la nuit.
La chatte aussi est tendue. Je la prends dans mes bras puis sur les genoux, et ça a l'air de l'appaiser. Elle ne veut plus redescendre. Elle tend l'oreille aux bruit, mais reste blottie contre moi, peut-être rassurée. Son calme retrouvé m'aidera à retrouvrer le sommeil.
Un détail me trouble. Avant de me coucher, tard - vers 1h - j'ai trainé sur un forum de bande dessinée. Il y avait notamment cette illustration, par ailleurs excellente, représentant un démon du feu :
http://bulles100contours.free.fr/phpBB2/viewtopic.php?t=1968&postdays=0&postorder=asc&start=20
J'entrouvre la fenêtre. Le chat vaincu par la curiosité, se jette dehors, contemple électrisé le spectacle, me regarde, ne sait pas comment réagir. J'aurais aimé lui expliquer, mais bon.
Il y a une trentaine de pompiers, en jaune (les chefs ont d'autres vêtements). La dame des chiens montre à quelqu'un la direction de ma fenêtre, l'attroupement a encore grossi, et les policiers règlent la circulation, interdit aux voyeurs de gêner le travail des pompiers, ou de mettre leur vie en danger.
ça va continuer ainsi toute la nuit je pense. Demain matin, j'irai bosser et je passerai devant l'immeuble avec un regard curieux, cherchant des traces des désordres de la nuit. Les semaines suivantes, il y aura des réparations, des rénovations. Dans quelques années, ce ne sera plus qu'un souvenir, une aventure qui n'aura fait, je l'espère sincèrement, aucune victime. Les voyeurs que nous sommes auront eu leur comptant de lumières bleues dans la nuit.
Un fait divers, comme il s'en déroule des miliers dans le monde, qui me tient éveillé car il se déroule dehors, juste sous ma fenêtre.
J'ai ramassé une pair de sandales en plastique assez grandes et suis allé les apporter à la dame. Elles sont deux, elle et une amie, et elles semblent avoir froid. Je retourne chercher 1 l. d'eau dans un fond de sirop et 2 vestes en laines. Je discute un peu avec elles, leur explique mon histoire d'incendie, leur donne quelque conseils. Complicité de victimes. Vont-elles passer la nuit dans un hotel ? Je le souhaite pour elles.
Dehors le bruit des camions dont le moteur tourne, des radios qui crachent un tonnerre de voix furieuses, des coups. Les pompiers ont apparemment terminé le gros du travail, mais il leur reste beaucoup à faire. Ils ont enlevé leurs combinaisons et les ont disposées au milieu de la route, entre les camions - elles sont couvertes de suie.
Je ne trouve rien de mieux à faire que de rédiger ce que je viens de voir et faire, un peu dans le désordre. Ma copine revient demain, et à cette heure, il n'y a personne à appeler.
Un moment, les pompiers voulaient installer leur lance à incendie, et un des types a stessé sur un joint. Ils ont lancé l'eau, ça ne venait pas. Ensuite le camion s'est mis à fuir par en-dessous. Ils courraient, stressés comme on peut l'imaginer, en haut ça hurlait dans les échaffaudages...
Je me souviens avoir hurlé pareillement, cédant à la panique, quand la fumée avait envahit le salon et que je devinais les flammes qui attaquaient le plancher en dessous. J'ai failli sauter dans le vide, mais l'échelle des pompiers s'était posée à temps contre ma fenêtre. Je ressens ce que doivent ressentir ces familles expulsées par les flammes dans la nuit.
La chatte aussi est tendue. Je la prends dans mes bras puis sur les genoux, et ça a l'air de l'appaiser. Elle ne veut plus redescendre. Elle tend l'oreille aux bruit, mais reste blottie contre moi, peut-être rassurée. Son calme retrouvé m'aidera à retrouvrer le sommeil.
Un détail me trouble. Avant de me coucher, tard - vers 1h - j'ai trainé sur un forum de bande dessinée. Il y avait notamment cette illustration, par ailleurs excellente, représentant un démon du feu :
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J'entrouvre la fenêtre. Le chat vaincu par la curiosité, se jette dehors, contemple électrisé le spectacle, me regarde, ne sait pas comment réagir. J'aurais aimé lui expliquer, mais bon.
Il y a une trentaine de pompiers, en jaune (les chefs ont d'autres vêtements). La dame des chiens montre à quelqu'un la direction de ma fenêtre, l'attroupement a encore grossi, et les policiers règlent la circulation, interdit aux voyeurs de gêner le travail des pompiers, ou de mettre leur vie en danger.
ça va continuer ainsi toute la nuit je pense. Demain matin, j'irai bosser et je passerai devant l'immeuble avec un regard curieux, cherchant des traces des désordres de la nuit. Les semaines suivantes, il y aura des réparations, des rénovations. Dans quelques années, ce ne sera plus qu'un souvenir, une aventure qui n'aura fait, je l'espère sincèrement, aucune victime. Les voyeurs que nous sommes auront eu leur comptant de lumières bleues dans la nuit.
Un fait divers, comme il s'en déroule des miliers dans le monde, qui me tient éveillé car il se déroule dehors, juste sous ma fenêtre.
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