Dire et montrer

Publié le par VinX

Première promenade au bord du lac aujourd'hui. Soleil doux, nuages qui s'étalent dans le ciel bleu vif, nettement découpés, aux textures un peu marbrées. Je n'ai pas résisté à l'appel de l'embonpoint et grignotté un sandwich au poulet de chez Délifrance-num-num. Je suis passé chez un des deux libraires bd que j'aime bien et parcouru le t. 4 du journal de Fabrice Neaud. Suprise : j'ai vu Denis !
J'ai donc acheté le bouquin :)
De retour, j'ai commencé à le lire. J'avais des préjugés sur l'auteur, l'ayant croisé quelques fois sur un forum. Je le trouvais inutilement vindicatif et arrogant. J'admire pourtant ceux qui ont des partis-pris et qui disent avec sincérité. Ceux qui ont des idées et les défendent, qui avancent au gré de leur curiosité et de leurs souffrances, qui n'ont pas peur d'être contemplatifs. Ils m'irritent aussi. Le parti-pris me limite. Comment se dire et ne pas se décourager devant l'insignifiance de la tâche ? Avons-nous tant vécu pour croire intéresser, ou si peu ? C'est pourtant passionnant, et délicieusement voyeur. La saveur de réalité, le goût de l'autre, son étrangeté, sa vision du monde parfois si proche et souvent si étrangère. J'ai beaucoup de peine à me livrer à cet exercice. Il n'est pas rare de lire des catalogues des mérites d'existence ou des biographies autocongratulantes sur le net.
Lorsque je commence à réfléchir et à m'esquisser, aussitôt je me mets en perspective, devant l'humanité, les temps immémoriaux, le devenir de l'espèce, les profondeurs de l'âme, le jouet mécaniste des émotions, la facticité de nos univers, la mort qui retire aux élans leur finalité.
Lorsque je suis traversé de pensées fulgurantes qui s'impriment dans mon esprit comme sur une page blanche, que je récite parfois à voix basse, je suis toujours tenté de les écrire, mais dès que les mots ont quitté leur contexte d'émotion, de réflexion, la tonalité intérieure reliée à ce qui m'entoure, les phrases se désassemblent, les propositions éclatent, et il me reste, au bout du stylo, que des pans effondrés de pensées. Quelques mots. Isolé et inutiles. Echos échoués d'un instant.

Associer le texte à une image permet de porter le sens, l'échos, l'émotion, la tonalité, peu importe, et de l'ancrer, de l'encrer, d'associer encore, pour dire et montrer.
Je ne sais pas dessiner. Je peux recopier à peu près n'importe quel animal ou objet, avec de la patience et sans économie de papier, mais impossible de mettre l'émotion dans une image. Je ne sais pas faire, puis je me décourage. J'adorerais savoir le faire avec la musique, et il n'est pas impossible que je m'y mette un jour, qui sait. Pourtant la discipline exigée par n'importe quel art, pour atteindre à ce qui me transporte, demanderait trop d'énergie et de temps. Et je n'ai qu'une vie. Il me reste les mots, les idées, les histoires.

Et l'écriture offre de grandes possibilités de résilience.
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Publié dans Tout ou rien

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Commenter cet article
L
et les émotions enfouies surgissent en criant « gare ! gare ! » ... chouette, elles vont pouvoir descendre du train  ^^<br /> <br /> http://www.miaferrovia.it/foto/targhe/sporgersi.jpg
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L
"il faut être sacrément résilent"??? Encore faut'il s'accorder ce qu'on va mettre dans la résilience et être sûre que les émotions ressenties tout petit ne ressurgiront pas sans crier gare! L'écrit est en revanche une merveilleuse thérapie de l'évacution d'un problème.
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P
... et il faut être sacrément résilient pour écrire!
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