Le professionnel
Mon chat est un professionnel.
Il y aurait beaucoup à dire, c'est certain. Je suis toujours stupéfait par la conscience professionnelle qui le pousse à se lécher des heures durant tant qu'il n'a pas terminé sa toilette, ou par la hâte qu'il met, à 7h30 déjà, à respecter son horaire, en particulier la matinale affaire des croquettes. Il ne tolère aucun retard de la part de ses collègues et ne se prive pas de leur faire remarquer leurs manques.
Il occupe toujours les mêmes places : dans le couloir, au bord de la fenêtre, sur le canapé, suivant un rythme qui n'appartient qu'à lui seul mais qui, j'en suis sûr, obéit à une morale du travail très stricte.
Il a même prit l'heureuse habitude de travailler sur le dos, très au fait des problèmes qu'induisent de mauvaises postures assises au bureau. Il dresse nonchalamment ses petites pattes arrière et les laisse pendre dans le vide, tout en exhibant sa panse bombée de fonctionnaire repu.
Sa vigilance ne se relâche presque jamais, et il n’est pas rare de l’apercevoir, le soir, s’entraînant sur une souris artificielle pour garder la forme, des fois qu’une vraie pointerait le bout de ses moustaches.
L’esprit corporatiste très fermé de ce corps de métier suscite aux yeux de certains des a priori, mais soyez assurés que vivre avec un professionnel est très agréable pour toutes ces raisons, et bien plus. Oh, il a bien quelques défauts, mais il est si consciencieux, travailleur et persévérant qu’il serait bien injuste de les mettre en évidence.
Chacun a bien évidemment sa spécialisation, en fonction de la formation qu’il a suivie, et j’apprécie particulièrement la compétence de mon professionnel qui, quand la nuit pèse de tout son poids sur mes paupières, cale confortablement son corps contre le mien et commence à ronronner…