Presse hydraulique

Publié le par VinX

Voici un article que j'ai livré cet été et qui est paru dans l'exemplaire du mercredi 12 juillet 2006 de la Tribune de Genève. Nous étions 5 écrivains à nous prêter à tour de rôle, un par jour, à cet exercice d'imaginer Genève dans le futur, précisément dans un siècle. Il y avait mes comparses Emmanuelle Maia et Laurence Suhner (elle écrit aussi !), Jean-Marc Pasquet et Alexandre Iordachescu.
J'ai opté pour le mode Interview.

L'image



Et le texte :

Imaginons. On est à Genève, dans cent ans exactement. À quoi ressemble la vie urbaine en ce juillet 2106 ? Nous l’avons demandé à cinq auteurs d’ici, oeuvrant dans le domaine de la science-fiction et de l’anticipation. L’écrivain Vincent Gessler a répondu en nous livrant une interview imaginaire de la «Tribune» du 12 juillet 2106 avec un historien du futur spécialisé dans le passé. La voici.

Oonen Mirai est professeur d’histoire contemporaine, spécialisé dans l’étude des XXe et XXIe siècles, à l’Université réformée de Genève (URGe). Il est notamment l’auteur de Vivre à Genève de 1950 à 2050 et de l’étude monumentale Pour une histoire des idées reçues.

Nous sommes heureux de vous accueillir dans notre rubrique «Il y a 100 ans». Le thème de la semaine: le futur tel qu’on l’imaginait à Genève en 2006...


«Il est toujours difficile de se représenter l’image du futur des gens du passé, d’autant qu’avec le recul, nous commettons facilement des anachronismes. Il faut remettre la vision du monde de l’homme d’autrefois dans son contexte. On s’imagine toujours que dans cent ans, les grands problèmes de l’époque seront résolus. Le SIDA n’est pas plus dangereux qu’une grippe, alors que c’était un réel problème de santé publique, comme la variole ou le choléra en leur temps.»

Quel changement imprévisible a marqué ce siècle?

«Un des changements les plus inattendus a peut-être été la révolution du système éducatif. Il y a 100 ans, on s’imaginait que les grandes avancées du futur concernaient la technologie: prolongation de l’espérance de vie ou colonisation de Mars (rires). On en est loin, vous le savez bien. En 2006, le système d’enseignement était dans la même situation que la médecine du 17ème siècle: obsolète et reposant sur de vieilles idéologies. Personne n’aurait pensé à le remettre en question sans les progrès des neurosciences. Aujourd’hui, il est parfaitement normal qu’un adolescent pratique en moyenne 5 ou 6 langues. Les éducateurs du passé auraient crié au scandale en voyant ce qui se pratique de nos jours dans les classes. La définition factice d’«intelligence» a été révisée, les élèves apprennent en relation avec leurs émotions, nous privilégions les connaissances à long terme… Les résultats sont là.»

Quid du progrès technologique?

«L’homme de 2006 fantasmait sur les voitures volantes sans supposer les problèmes posés par ce moyen de transport. Se rendre quelque part à bord d’une voiture à antigravité vous semble d’une banalité affligeante, mais imaginez un peu la stupeur d’un homme du siècle dernier découvrant que la voiture a complètement disparu de la surface du sol! Des budgets hallucinants étaient alloués à la construction de routes et on se demandait comment faire face à la crise du pétrole (rires). Personne n’envisageait l’impact décisif, sur l’urbanisme par exemple, de la disparition des routes.»

Le futur imaginé en 2006 est-il différent de notre présent?

«Il est intéressant de voir à quel point on projette dans le futur nos espérances et nos craintes. On pense que le siècle suivant sera radicalement différent du nôtre, que l’humanité prendra un autre visage. C’est vrai dans certains domaines, moins dans d’autres. Et l’ensemble n’est jamais complètement étranger au passé. Beaucoup de choses sont restées identiques depuis deux cents voire trois cents ans. Le plan du centre-ville n’a pas bougé, malgré la disparition des routes – un homme de 2006 retrouverait facilement son chemin. La mode change, les parures vont et viennent sur les corps des hommes et des femmes. Il y a toujours des gens qui en veulent plus, d’autres qui n’en ont pas assez. Nous inventons toujours mille manières compliquées de nous aimer et de nous haïr.»


Un mot de la fin ?


Protagoras disait il y a plus de deux mille ans: «L’homme est la mesure de toute chose.» Ce n’est pas Richard Matheson (ndlr auteur de «L’homme qui rétrécit») qui aurait dit le contraire! »  

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Publié dans NOUVELLES

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N
Jolie plume
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V
Merci pour ces commentaires positifs : ça fait ben plaisir :)
M
Je trouve ça interressant qu'une interview imaginaire soit publié dans ne tribune...la sf est trop souvent un rdv oublié.Chapo!!! ...nous aimerions presque en savoir plus sur l'évolution future du systeme d'éducation; quelles moyens on été imaginé, ahh! si ce n'était imaginaire nous aurions pu peut-etre le savoir dans un autre n° . ;-))
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P
excellent ce fut, et reste
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