La tête dans le sable
La tête dans le sable
Un peu de sable pénètre dans l’habitacle surchauffé du pick-up. La manivelle se bloque à mi course. Blondinet force et le véhicule fait une embardée. Foutue portière.
« Tout ça c’est ta faute ! » lâche-t-il d’un ton rageur.
Assise à droite, la fillette se tait, le menton paresseux, penché sur le côté. Il renifle :
« Maintenant, silence. »
La route défile, couleur de lame rouillée. Des bancs de graviers ondulent sur le bas-côté où les pneus crissent.
Il fouille la boîte à gant et déniche un paquet de cigarettes. Il en tire une et la flaire, la roule entre les phalanges. Un regard en biais sur les jambes serrées. Chaussettes blanches à col cerclé rose. Petits souliers. De la poussière sur le verni et des griffures qui dansent.
Il enfonce le filtre sec entre ses lèvres, joues rêches. Le zippo chromé claque une flamme bleue. La fumée tourbillonne, se fige, file côté fenêtre.
« Je ne veux pas te vexer mais… »
Les cuisses plongent sous la jupe plissée en accordéon. Taille maigre. Doigts élastiques endormis sur deux genoux bosselés. Il y a une tache dessous.
« T’as les ongles en deuil », glousse-t-il.
Sa pomme d’Adam saille d’avantage. Les poils roux se tortillent sur la peau rosie par le soleil.
Ils rattrapent un camion suivi d’une remorque aux peintures écaillées. Les roues crachent des colonnes de fumée. L’air tremble, saturé d’huile et de gaz d’échappement. Des lunettes noires les détaillent.
« Fait soif, hein. »
La bouteille en plastique vide remue sa panse en chaleur à l’arrière. A chaque cahot elle tend ses flancs opaques contre le verre brûlant. Les mains restent sur la route, volant suant. Blondinet ronge les peaux qui bordent ses ongles. Il regarde de côté.
Le bras dessine une courbe douce jusqu’au coude. L’os pointe sans grâce, membre lisse et anguleux, cassant dans sa fraîcheur. Il saille contre la chemise encre marine bouffante qui atténue les formes. La naissance des épaules est visible, et la gorge où pend un médaillon brillant.
« Il te va bien. »
Le soleil décline, saigne dans l’horizon cuivré.
Une moue froisse le visage de Blondinet. Chicots à l’air, narines retroussées, tous poils dehors. Les yeux frappent, obliques.
« Tu empestes. »
Elle ne réagit pas. Lèvres boudeuses. Le vent soupire dans sa chevelure boisée et des feuilles d’or volent à l’orée des tempes. Son nez rond ne frémit pas.